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Le vent

Comme l'eau le vent se prête au jeu faisant voleter les vêtements et emportant au loin papillons et semences légères.  Sur les visages le vent sait être une agréable haleine chaude ou une caresse de fraîcheur amicale.

Compagnon de jeu du surfer et du papillon le vent aime partager dans sa douceur la joie qu'il éprouve. La nuit tombant avec malice dans les forêts il pourra  transformer une branche en bras de défunt. D'un sifflant "viens" il invitera le promeneur marchant seul  la nuit. S'il arrive ainsi à faire peur son rire faisant ferra bruisser toutes les feuilles de la forêt. 

 Dans les grandes étendues désertiques ou sur les sommets les plus arides le vent adore faire glisser l'air sur l'air. Invisible ballet que seule l'eau ou des feuilles mortes arrivent à matérialiser.
 
Parfois des notes se mêlent  à son souffle. L'oreille n'arrive pas à définir l'origine des sons. Mais cette constatation se fait sans inquiétude.

Sur les arêtes les brumes prennent souvent la forme de géants. Poussées par le vent elles glissent le long des crêtes et s'engouffrent violemment dans l'étranglement des cols. Un simple mur  de pierres empilées  ou quelques  mètres dans la pente sous le vent permettent d'avoir un abri confortable pour simplement regarder ce jeu.

Plus serein  est le grincement  des portes et fenêtres d'une maison chauffée. Il faudra être bien plus valeureux pour sortir admirer ces ballets. Même en automne quand le vent détache les feuilles des arbres et leur permet dans une danse folle de faire un ultime hymne à la vie. 

Quand il est calme, monotone est son rythme. Il permet à tous de s'inscrire sans dissonances dans la polyphonie. Sur des notes minimales joignant plusieurs rythmes de basses profondes à des mélodies ponctuées par le chant de voix joyeuses. Rejetés les faux maîtres des harmonies répéteront sans échos leurs comptines en déversant sur le même rythme des flots de parole. Leurs croassements lugubres ne couvriront jamais les notes d'espérance   qu'entend et transcrit la surdité de Beethoven.  

 Mais ne te fie pas trop à cette quiétude. Le vent  donne parfois la mesure de sa véritable puissance. Si la mélancolie ou la joie  accompagnent souvent le vent, la peur peut aussi se joindre au cortège. Le vent est un caractériel.

Dans sa colère le vent se contente d'accélérer un peu sa course. Sans atteindre la folie furieuse qui le fait tourner en rond dans les plaines et sur les océans, cela suffit  à réveiller une terreur justifiée. 

Alors chantent les montagnes et voltigent les nuages, neiges, vagues et terres. Sa nature cruelle se révèle dans son alliance à  la duplicité de l'eau ou de la poussière pour devenir tornade. Alors les grêlons déchireront les chairs, les vagues éventreront les bateaux, la poussière fracassera les bâtiments. 

S'il revêt son habit de neige le vent sait engloutir toute résistance et ralentir le pas le plus impatient. Dans un vêtement de brouillard il précipite les corps dans des voies sans retours. Nu il sait fracasser les restes d'espoirs des navires  sur les récifs les plus cruels.

Les victimes auront une envie irraisonnée de se précipiter dans un abri qu'elles ne trouveront jamais. Parfois même elles devront perdre tout espoir de retrouver un chemin si le beau temps revient.  

 Pourtant avec ce beau temps revient son désir de doucement jouer.

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