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Le Moine

Celui qui se veut dieu, et ne supporte pas de ne pas l'être, alors qu'il n'est pas maître du temps comment affrontera-t-il la mort que j'ai rêvé pour lui, une fois de plus?. 


J'ai tué son double animal en forme de chien puissant et hargneux. Venu s'abreuver de l'eau qui coule parfois aux pieds de l'Albinos j'ai rêvé sa mort. Je ne le guettais pas. En ces lieux, opportuniste il a peut être cru que c'était moi qui devait être sa victime. Il a pourtant l'habitude d'attaquer ses proies par des complots cachant sa faiblesse. Il osa me montrer ses dents, d'un coup, d'un seul, j'ai frappé sa tête avec mon piolet. 

La lame a traversé entre les 2 tempes son crane presque intact. Son visage lentement est devenu celui d'un serpent dragon ensanglanté. Mon piolet avait découpé et fait jaillir de sa face l'os de sa fosse nasale, effrayant sinus difforme. Dans son regard ne se reflétait ni le calme de l'arrivée du repos, ni le désir de l'arrivée du sommeil. Au fond de sa larme ne brillait pas l'espoir de revenir un jour pour mieux faire.

Dans ses yeux seule sa haine suintait à travers les perles ensanglantées de sa souffrance. J'ai fini par réaliser qu'il était Lui. Pour la première fois un sentiment de joie presque douloureux a coulé en moi. Aucune mélancolie, aucune tristesse à calmer, aucune malédiction envers le grand maître pour n'avoir  pas le courage de supprimer lui-même ses erreurs, d'avoir besoin d'un instrument. Sur la fontaine sèche de l'Albinos j'ai humecté mon âme avec sa douleur.

Sans frémir j'ai extirpé de sa tête ce fragment d'os. Sous la lune blafarde, face au plongeon des montagnes dans le lac triangulaire,  mon corps ne fut plus qu'un orgasme d'une longue prière de remerciement. 

Ce flocon glisse dans l'air bleuté savourant l'espace et le temps de sa chute. Seul le chat blanc qui décode son mouvement peut échanger son admiration avec la chatte noire. Gardiens impassibles du Temple qui n'a jamais été, qui n'est plus, qui ne sera jamais plus, pour ceux qui croient qu'il faut croire l'Un et rejeter l'Autre.

 


En un seul coup je frappais tous ses esclaves soi disant libres, ces rebelles donneurs de leçons aux slogans psalmodiés dans leurs prières fanatiques. Incapables d'oser la perte de toute mesure. Peur de l'ombre qui se cache dans le suintement du brouillard des ténèbres. Ils devinent que cette ombre fera  ressurgir en pleine lumière les images qui entretiennent leur propre négation. 

Elles ne sont pas, pas du tout, en accord avec la religion  qu'ils professent. N'arrivant plus à les dissimuler, vaines sont leurs tentatives d'accréditer qu'il n'est pas là question de déité. 

Leur seul espoir de cohérence est dans l'inexistence de la réalité. Mais bien que caché leur maître est accessible partout. Avec toujours l'espoir de nous transformer en esclaves dociles dévoués de son plaisir. Obligé de partir, il veut revenir. A l'inverse de la réalité dont la négation conduit à la preuve. Cette terre sera le cimetière de ses espérances et l'héritière de ses pouvoirs.


A son retour, observant la situation sa fierté sera immense d'avoir si bien pronostiqué l'avenir. Son injustice et sa puissance même tempérés par sa propre cruauté insatisfaite  pourront répandre l'image de l'apocalypse.  

Il pourra savourer l'enfer qu'il créera.  Cela sera là sa seule création. Comme toutes les autres fois, la seule issue possible à son éternelle fuite en avant. Achevée et cristallisée dans le suicide de ses disciples. Sans l'ombre d'une émotion. A l'approche de la mort il n'est pas le parent héroïque préférant tuer son enfant handicapé pour lui éviter la souffrance. Il n'est qu'un hypnotiseur estropié ne supportant pas l'idée que ses esclaves puissent survivre à son infirmité.

Alors il commencera à avoir mal. 

Déguste silencieusement sa douleur. Sans elle il serait prêt à se répéter éternellement sans ennui. 

Ne le remercie pas de nous avoir conduit à rêver éveillés. A devenir capables de voir les algorithmes au milieu même des ébauches d'ombres crayonnées sur l'eau par une main hésitante.  A devenir capables d'appréhender ce qu'il est.  A comprendre notre propre nature de solitaires perdus dans le renouvellement permanent. Condamnés à éternellement ressusciter pour l'empêcher de venir. Et pouvoir en tirer la conclusion du devenir.

Revenir, sans redevenir,  plus fort, mieux caché ou plus nombreux. La puissance du jour résulte de la faiblesse d'hier et augmente la douleur de demain. Notre paradis n'est pas d'être des esclaves chantant ou des poussahs mais des êtres vivants. Là est aussi notre enfer. 

La récompense et le châtiment de notre compréhension pourtant si limitée est la capacité d'en admirer l'horrible beauté ou d'en rejeter la splendide laideur. Avec au bout la même conclusion que l'hypothèse. 

Lui n'aimera pas notre choix car nous ne serons pas à son service. Il croit qu'il pourrait ainsi vivre en sécurité sans avoir à partager son corps. Sans compassion il te faudra donc, toi aussi, Le tuer, pour le dévorer. 

Les ignorants qui se contentent des rites entrent dans des ténèbres aveuglantes. En des ténèbres bien plus profondes sont ceux qui choisissent la connaissance des dieux. Isha Upanishad, 9

Après avoir compris l'unité de l'ignorance et de la connaissance il faut franchir la mort en s'aidant de l'ignorance, l'immortalité s'atteint  par la connaissance" - Isha Upanishad, 11

Après avoir compris le Devenir et la Dissolution il faut franchir la mort par Dissolution, l'immortalité s'atteint  par le Devenir" - Isha Upanishad, 14


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